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vendredi, 25 juin 2021

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TRIBUNE : PLANNING DE COMMUNICATION STRATEGIQUE POUR UNE CAMPAGNE DE VACCINATION APAISEE CONTRE COVID-19 EN AFRIQUE

DR MUNKANA MATADI Barthélemy

S’il est plus aisé en 2021 d’avoir des nouvelles des uns des autres, les humains sont passés par de nombreuses péripéties. La Mésopotamie ancienne, devenue plus tard Babylone et actuel Iraq est décrite comme le berceau de la première écriture cunéiforme il y a près de quatre millénaires avant la naissance de Jésus-Christ.

L’écriture dite ‘’Kish ‘’ ressemblait aux signes, graphes et trous calligraphiés sur des planches métalliques.

La parole serait apparue environ 500.000 ans avant JC.
En permanente quête d’échanger et de se connecter, la génération actuelle se caractérise par un génie créateur qui bénéficie des avancées de la technologie moderne.

Cela n’a pas été le cas pour nos ancêtres sont passés par des étapes plutôt archaïques comme les signaux de fumée en 1500 pour communiquer à longue distance en Chine ou encore le courrier postal en 255 avant JC. Les travaux de télégraphie du canadien Alexandre Graham Bell (1876) sont les précurseurs de la téléphonie mobile actuelle.

En 1992, l’ingénieur programmeur Britannique Neil Papworth alors âgé de 22 ans envoya le premier message de type SMS à son collègue Richard Jarvis de son ordinateur au téléphone écrivant : ‘’Merry Christmas’’.

Le Japon innovera en 1996 avec la première incorporation de la caméra dans le téléphone. Les années 2000 seront marquées par la montée en puissance des médias sociaux qui vont révolutionner l’industrie de la communication notamment Friendster et Linkedin en 2002, Myspace en 2003, Facebook en 2004, Twitter en 2006, Instagram en 2010 et Snapchat en 2011.

Pour mémoire, rappelons que des pionniers comme Louis Braille en 1824 et le moine espagnol Pedro Ponce de Léon (1520-1584) ont respectivement imaginé les signes et symboles qui ont rendu possible l’épanouissement des personnes vivant avec handicap visuel et auditif.

Le monde entier vit au rythme d’une urgence sanitaire de portée international depuis le 30 Janvier 2020 selon l’Organisation Mondiale de la Santé, OMS en sigle.

Déclenchée en Chine en date du 31 Décembre 2019, la pandémie actuelle causée par un nouveau virus atypique appelé SARS-COV-2 responsable du COVID-19 a déjà totalisé 117.851.853 d’individus infectés dont 2.613.951 décédés selon des sources concordantes en date du 09 Mars 2021. L’Afrique a perdu 104.672 de ses dignes filles et fils au moment de cette publication à en croire CDC/Africa.

Reiss (2020) une biologiste allemande a qualifié COVID-19 de pandémie de la peur à cause de sa médiatisation à outrance, sa progression fulgurante en termes de mortalité et du vaccin évoqué déjà au début de la pandémie, suscitant de nombreux questionnements au sein de l’opinion.

Une étude Britannique a signifié que la maladie avait une connotation faite de complot de certains dirigeants du monde qui n’ont cessé à travers des messages radio, télédiffusés ou en ligne de promouvoir le vaccin contre COVID-19.

La pression médiatique autour de la maladie ainsi que ses origines jugées mystérieuses ont davantage nourri hésitation, méfiance et refus du vaccin pourtant censé sauver des vies.

L’OMS (2014) avait déjà préconisé une approche informative dite Stratégic Advisory Group of Expert (SAGE) qui consiste avant toute campagne de vaccination à identifier et comprendre les raisons majeures qui entretiennent la psychose dans une communauté donnée en amont de tout déploiement de vaccins sur terrain.

Cette méthode pragmatique et opérationnelle rend possible l’acceptation communautaire de tout projet sanitaire innovant sans impacter psychologiquement sur la culture, les croyances et traditions d’un peuple.

L’Afrique a longtemps pensé qu’elle serait épargnée par COVID-19 car même ses élites ont eu des idées erronées sur la maladie. Elle a souffert en 2020 tantôt de la panique, tantôt de la désinformation entretenue par l’influence des médias en ligne.

Les exemples sont légions. Rappelons-nous pour illustration des citations telles que : « le continent noir est rural, ça n’arrivera pas ici ; les vendeurs et consommateurs de la friperie sont les plus exposés ; le virus prend des heures dans l’air avant de nous contaminer ; le virus ne résistera pas à la chaleur de nos terres ; le vaccin est isolé pour nous exterminer ; pour tuer le virus SARS-COV-2, il suffit de consommer l’ail, du miel et de la chloroquine »
La peur a même fait que nous évitions tout contact physique avec les étrangers et que nous développions une sorte de xénophobie.

Certains ont même extrapolé en disant que l’Afrique était préparée par l’expérience EBOLA et que nos centres d’isolements serviraient en temps utile pour traiter COVID-19.

Dr. Yerma A. Adamu épidémiologiste nigérian est monté au créneau pour déclarer que les traitements contre EBOLA et COVID-19 étaient différents et que les fausses rumeurs devraient laisser la place aux informations basées sur des évidences pour aider le continent à endiguer la pandémie. Boston University School of Public Health (2021) vient de publier un rapport indiquant qu’un des pays d’Afrique Australe aurait revu à la baisse le nombre de décès biaisant ainsi la fiabilité des données pour cette partie du continent.

Communiquer stratégiquement selon Kotler & Dubois (2003) repose sur les choix essentiels effectués par nos dirigeants pour toucher un public-cible en prenant des décisions interdépendantes qui sont transmises sous forme des messages clairs, précis et concis dans l’intérêt communautaire.

Comment les dirigeants Africains devraient s’y prendre ?

  1. Identifier les groupes-cibles et les points chauds qu’il faut répartir en trois sous-groupes :

1.1. Communautés à haut risque :
 Les homes des vieillards
 Les professionnels de santé
 Les personnes avec immunité déprimée (VIH, Diabète, Cancer)
 Les femmes enceintes (sécurité du vaccin non encore établie)
 Les personnes vivant avec handicap
 Autres groupes minoritaires (camps pour réfugiés, prisons, les sans- abri)

1.2. Métiers à caractère social tels que : aides-soignants, assistants sociaux, éducateurs, leaders religieux et traditionnels.

1.3. Entreprises du secteur public ou privé, opérateurs du transport en commun, navetteurs, conducteurs des taxis, tenanciers des discothèques et bars, travailleurs à l’aéroport, dirigeants et acteurs sportifs.

  1. Travailler en équipe avec les chefs des confessions religieuses, les autorités traditionnelles, représentants des organisations œuvrant dans la société civile qui vont servir de relais communautaires pour dissiper la psychose autour du vaccin contre COVID-19 et rendre possible l’appropriation communautaire de l’action gouvernementale. Institute for Global Change (2020) a prouvé qu’en associant ces personnes influentes on accroît sensiblement la confiance qui favorise l’adhésion du grand public aux mesures de contingence instaurées par les Etats en matière de santé publique.
  2. Mettre à contribution le secteur privé
    Sans le vaccin l’économie mondiale pourrait perdre jusqu’à 3 billions de dollars américains dans les deux prochaines années.

Il y a nécessité d’approcher les opérateurs économiques de multiples secteurs : banques, télécommunications, chaines télévisées ou radio, imprimeries, afin de les persuader à appuyer l’Etat dans ses efforts de contrôler la pandémie.

Par exemple l’envoi des SMS gratuits, sponsoring des séminaires en ligne (webinaires) ou encore l’embauche par chaque chaine de télévision africaine d’un interprète pour la sous-population sourde muette.

Le secteur privé peut organiser des sondages d’opinion en appui aux agences gouvernementales et mettre à la disposition des usagers de la téléphonie des numéros verts pour accéder aux informations utiles sur le vaccin.

Une caravane motorisée avec l’aide des opérateurs du secteur du transport restera une option à étudier.

  1. Exploiter l’énorme potentiel créatif, artistique et linguistique de l’Afrique pour accompagner la sensibilisation communautaire sur la vaccination contre COVID-19.

Il s’agit de faire appel à nos artistes peintres, comédiens, musiciens et poètes pour concevoir et diffuser des messages, clips vidéos ou autres œuvres touchant les groupes les plus vulnérables au COVID-19 dans toutes nos langues nationales.

Des ballets nationaux aux humoristes les plus en vogue, relayer des missives rappelant cette publication du journal the Lancet (2021) :« le vaccin protège, réduit la charge virale et empêche la transmission aux autres… »

  1. Saisir l’opportunité offerte par les réseaux sociaux pour réduire les hésitations, changer notre conception de la maladie mais surtout aider à exercer une pression constructive sur les décideurs pour une campagne de vaccination justifiée contre COVID-19.
  2. Associer à chaque étape de la sensibilisation les experts communicologues selon les recommandations de l’OMS/SAGE. Ils ont l’avantage d’avoir des arguments supplémentaires pour dissiper les émotions négatives au sein des communautés-cibles par la maitrise des risques dans la communication.
  3. Modéliser et publier régulièrement les données relatives à la progression de la pandémie dans chaque pays car les projections mathématiques rassurent le grand public et fournissent des informations beaucoup plus transparentes, reproductibles et fiables.

Le Sénégal, cité comme exemple dans la transparence de l’information contre COVID-19 a été classé au cours de l’année 2020 comme 2è/36 pays au monde derrière la Nouvelle Zélande par le magazine Foreign Policy. Un modèle qui devrait inspirer les autres gouvernements du continent noir car clé de la réussite se trouve dans un leadership panafricain fort basé sur la confiance.

DR MUNKANA MATADI Barthélemy
Médecin diplômé en gestion du VIH/SIDA
Stellenbosch University, Afrique du Sud
drpapymkn@gmail.com

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